Dans certains cercles intellectuels et éducatifs du monde francophone, un récit particulier s’est consolidé sur Israël. Israël est souvent présenté non pas comme une nation démocratique complexe, façonnée par l’histoire, la guerre, la migration, la religion et le traumatisme, mais comme une entité singulièrement illégitime dont l’existence même est traitée comme moralement suspecte.
Ce cadre interprétatif ne reste pas confiné aux universités ou aux espaces militants. Lorsqu’une société est enseignée à voir une nation comme singulièrement mauvaise, l’hostilité envers les Juifs ordinaires apparaît naturellement derrière. La distinction soigneusement maintenue en théorie entre « antisionisme » et antisémitisme s’effondre fréquemment en pratique.
Telle est la conséquence réelle de récits privés de contexte, répétés suffisamment pour qu’un peuple entier commence à être vu à travers une caricature morale.
La politique de coalition et la réalité démocratique
Israël fonctionne sous un système parlementaire de coalition dans lequel les gouvernements sont souvent formés par des alliances entre partis aux agendas nettement différents. Cela ne signifie pas que chaque déclaration ou proposition politique des membres de la coalition reflète un consensus national. La législation proposée a rencontré une résistance dans des secteurs de l’établissement juridique israélien, des services de sécurité, du leadership militaire et de la société civile. Ce n’est pas la structure d’un État autoritaire monolithique. C’est la structure d’une démocratie bruyante, fragmentée et intérieurement argumentative.
L’étalon moral sélectif
Plusieurs pays démocratiques conservent la peine capitale sous une forme quelconque. Le Japon continue d’utiliser la pendaison. Singapour emploie également la pendaison dans son système juridique. L’Inde conserve légalement la peine capitale. Aucune de ces nations n’est décrite de manière routinière dans le discours international comme un État singulièrement illégitime. Pendant ce temps, dans des systèmes ouvertement autoritaires comme l’Iran, les exécutions publiques ne sont pas une controverse politique isolée. Ce sont des pratiques établies de l’État. Pourtant l’intensité émotionnelle dirigée contre Israël dépasse souvent celle dirigée contre des régimes où la répression est systémique.
La démocratie se mesure à sa capacité de résistance
Aucune société démocratique n’est moralement pure. La question pertinente n’est pas de savoir s’il existe une rhétorique désagréable. La question pertinente est de savoir s’il existe des institutions capables de la défier, de la contenir, de l’exposer et de s’y opposer. Et quand cette complexité disparaît, les Juifs ordinaires à des milliers de kilomètres, y compris des enfants qui chantent en hébreu avec leur père dans les rues d’Espagne, finissent par payer le prix social de récits qu’ils n’ont eu aucun rôle à créer.