Quelque chose a changé dans le discours public occidental. Une rhétorique qui aurait été considérée comme clairement antisémite il y a vingt ans circule aujourd’hui librement dans les universités, sur les réseaux sociaux et dans la conversation politique généralisée. Sous un nouveau label : antisionisme, décolonisation, résistance. Le label est nouveau. La haine ne l’est pas.

Je n’écris pas cela en observateur extérieur. J’ai vécu dans des pays arabes, je parle la langue et j’ai des liens étroits au sein de ces communautés. Avec une connaissance approfondie du Coran et du Hadith, j’ai entendu des perspectives privées qui n’atteignent jamais la sphère publique.

Les nouvelles voix influentes et leur portée

Des personnages comme Tucker Carlson, Candace Owens et Joe Rogan commandent des audiences de dizaines de millions de personnes. Ces voix ont, avec des degrés variables d’intention et de conscience, relayé, amplifié et dans certains cas personnellement adopté des tropes antisémites. L’effet est le même indépendamment du cadrage : les cadres antisémites entrent dans le courant dominant et se normalisent.

La convergence : là où deux traditions de haine se rencontrent

Ce que nous observons n’est pas simplement un renouveau de l’antisémitisme. C’est une fusion : une convergence historiquement sans précédent de deux traditions distinctes de haine antijuive. La première est la tradition européenne, codifiée dans les Protocoles des Sages de Sion. La deuxième est le cadre théologique du dhimmi, le système juridique islamique qui stipulait que les Juifs occupaient une position permanente en dessous des musulmans dans la hiérarchie sociale divinement établie.

Ces deux traditions se sont maintenant fusionnées, et Israël est le point de fusion.

La tradition conspirationniste européenne fournit le mécanisme : les Juifs contrôlent les choses en secret. La tradition théologique du Moyen-Orient fournit le grief : la souveraineté juive sur les musulmans est une violation de l’ordre divin qui ne peut pas être légitime. Ensemble, ils produisent une synthèse uniquement puissante.

La dimension théologique et civilisationnelle

Pendant des siècles, les Juifs ont vécu sous la domination musulmane en tant que dhimmis : un statut légalement défini d’infériorité protégée codifié dans la loi islamique. Ce que la création de l’État d’Israël représentait n’était pas simplement un différend territorial. C’était une profonde inversion de cet ordre social divinement sanctionné. Tout analyste occidental qui refuse de s’y engager choisit l’ignorance plutôt que la compréhension.

Les Juifs comme autochtones

La majorité démographique au sein d’Israël ne descend pas des survivants européens de l’Holocauste. La majorité des Juifs israéliens sont des Mizrahis : des Juifs d’Irak, d’Égypte, du Yémen, du Maroc, de Libye, de Syrie et de tout le monde arabe, expulsés ou forcés de fuir dans les années suivant l’établissement d’Israël. Le cadre colonial require une population européenne déplaçant une population autochtone. La réalité démographique réelle rend ce cadre incohérent.

Le réalignement géopolitique

Les Accords d’Abraham et la piste de normalisation saoudite-israélienne en cours pointent vers la même réalité sous-jacente : les États arabes sunnites ont conclu que la cause palestinienne est devenue un passif plutôt qu’un actif. Le régime iranien est désormais le principal acteur extérieur investi dans le maintien du conflit vivant et non résolu, non pas par solidarité avec le peuple palestinien, mais parce que la souffrance palestinienne est stratégiquement utile.

Ce que nommer cela exige

Une grande partie et croissante de ce qui se présente comme une critique d’Israël n’est pas une critique du tout. C’est de l’antisémitisme en vêtements contemporains. Ce sont les Protocoles des Sages de Sion en format podcast. La volonté de le dire clairement, à ce moment, n’est pas un acte trivial. C’est un acte nécessaire.